Seine-Saint-Denis : Deux générations épouvantées par les déchets

A Neuilly-sur-Marne (93), jeunes et moins jeunes se réunissent autour d’un atelier sur le développement durable.

Sur les murs orange de la Résidence-autonomie Pierre Bérégovoy, des masques de carnaval vivement colorés habillent le décor. Ils ont été conçus par des enfants d’écoles élémentaires. Sur une table en longueur ont été étalés des détritus. Bouteilles en plastique, boîtes de conserve, bouchons, ballon de foot usé… Les enfants du centre de loisirs Léo Lagrange et les habitants de cette résidence pour personnes âgées ont été invités à apporter des déchets en nombre.

Dans la ville de Neuilly-sur-Marne, en Seine-Saint-Denis, ce chantier est une première. Idris, animateur de l’association e-graine, prévient : « On va faire le plus grand épouvantail en déchets qu’on n’ait jamais vu à Neuilly-sur-Marne ! » Construit en collaboration entre la résidence, le centre de loisirs et e-graine, ce projet fait se rencontrer retraités et écoliers autour d’ateliers créatifs. Les mercredis sont souvent partagés entre vieux et jeunes : lors d’une précédente session, ils ont appris ensemble à fabriquer un porte-monnaie à l’aide d’une brique de lait.


Personnes âgées et enfants se rencontrent régulièrement. © Tiphaine Leproux

Créée il y a treize ans par trois copains yvelinois, l’association e-graine travaille à sensibiliser les habitants aux enjeux du développement durable. Aujourd’hui, elle compte 68 bénévoles en Ile-de-France. D’après Joeffrey Guéniche, responsable des projets e-graine dans le 93, l’association s’est rapidement implantée en Seine-Saint-Denis, « au bout de deux ou trois ans ». Les projets s’y articulent autour de l’éducation. Dans un département où 22,6% de la population avait moins de 14 ans en 2015 (INSEE), la jeunesse constitue une priorité.

Solidaritus, l’épouvantail solidaire

Dans le réfectoire de la résidence aux grandes baies vitrées, enfants et résidents ont constitué des groupes. Chacun se consacre à l’élaboration d’un membre de l’épouvantail. Monique, septuagénaire aux longs colliers colorés et aux cheveux courts, se concentre. Elle enfile de vieux CDs autour d’une bande de tissu gris. « C’est pour faire du bruit », indique-t-elle. Accessoire indispensable, le collier de disques éloignera les oiseaux du jardin de la résidence où poussent déjà framboises et tomates cerises. À une autre table, on s’active à la fabrication des bras. Nathan et Thomas, tous deux en classe de CM1, enfilent des canettes d’Ice Tea et de Tropico sur un cintre en fer.

Idris et Emma construisent le buste de l’épouvantail.
© Tiphaine Leproux

Plus loin, Idris, l’animateur de l’atelier aide Emma à construire le buste. Deux cagettes en bois entourées d’une ficelle feront l’affaire. « On pourrait en rajouter une pour faire le cou », propose la jeune fille aux cheveux blonds. Avec Monique, Laurine rit de l’allure des futures jambes de l’épouvantail. Elles seront faites de chaussettes noires remplies de boîtes de café. La construction bientôt terminée, il faut trouver un nom à ce nouveau résident. Parmi les propositions : Déchets-pouvantail, Roger, ou Léo – un clin d’œil au centre Léo Lagrange. C’est finalement « Solidaritus, l’épouvantail solidaire » qui remporte les suffrages.

Idris la chèvre

Pour Morgane, la directrice de l’établissement qui accueille une trentaine de résidents, « les habitants créent des liens privilégiés avec les enfants d’une année sur l’autre ». Plus tôt dans la matinée, l’assistance a été réunie dans une petite pièce à deux portes du réfectoire, les grands derrière, les petits devant, tous attentifs.  Idriss a alors sondé l’assistance : « Quelqu’un sait ici ce qu’est le développement durable ? » La réponse a été unanime : « Non ».  Assis face au dossier de sa chaise, l’animateur a alors voulu briser la glace : « Chacun va dire son prénom avec un animal, comme ça on retiendra mieux. Moi, c’est Idris la chèvre. » Rires au premier rang. Après un tour de salle qui a laissé découvrir les noms et les animaux de chacun, le premier jeu a pu commencer. Objectif : coller la définition correspondante sur l’une des quatre cases : «Monde», «France», «Union Européenne» et «Afrique Subsaharienne». L’animateur a invité Emma la souris à venir lire l’une des étiquettes : « une personne y produit 1,25 kg de déchets par jour ». Dans la salle, certains ont manifesté leur surprise en entendant la réponse : La France. L’étiquette en main, Idris a insisté : dans l’Union Européenne, la moyenne de déchets produits par personne s’élève à 1,18 kg par jour, presque 6% de moins que dans l’Hexagone.

Chacun leur tour, les enfants font des propositions au micro.
© Tiphaine Leproux

L’animateur a cédé la place à Lila, 22 ans, stagiaire en service civique, pour la seconde animation : « Déchets contre nature ». Dans sa main, des images : un trognon de pomme, un mouchoir en papier, un sac plastique…  Il faut maintenant deviner combien de temps ils mettent à disparaître une fois jetés dans la nature. Derrière elle, une affiche présente différentes durées de décomposition. Munis d’une boulette d’adhésif, les enfants se sont appliqués à coller les étiquettes. Les propositions ont fusé dans l’assistance. Il a souvent fallu s’y prendre à deux fois pour déterminer le temps correct. Jocelyne, retraitée a tenté: « Un mégot ? Cinq ans ? 200 ans ? Je sais pas ». Face à la pile, le groupe a séché. Lila a lancé : « Une éternité ! Qui dit mieux ? ».

Tiphaine Leproux et Mathilde Ansquer.

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